lundi 1 février 2010

PROGRAMME


« La ville européenne : histoire, politique et symbolique »
Semaine du Lundi 3 mai au lundi 10 mai 2010

La ville, dans la culture européenne des origines (Athènes et Rome), est le lieu qui rassemble les citoyens capables d’exercer leur pouvoir politique, dans le cadre des systèmes démocratiques ou républicains. C’est, aussi, dans l'Europe médiévale, le lieu où les pouvoirs politiques et religieux affichent leur puissance à travers les monuments qui forment un système de signes dans la ville. A l’inverse, la rue, la place sont des endroits où le pouvoir est contesté et où naissent les révolutions.  La ville moderne et contemporaine est aussi un espace où, à travers le café, le théâtre, l’exposition et les lieux de sociabilité qui leur succèdent, s’élabore un « vivre-ensemble » qui est une autre forme du politique. Nous verrons pendant ce cycle de cours, à travers des œuvres littéraires, picturales, des photographies, des films, comment s’élabore, en  France et en particulier à Paris, cette dimension à la fois culturelle et politique de la ville européenne.
 
I. Les origines : Athènes et Rome.
Problématique : « Ville et citoyenneté ».

Matin : Conférence : « La ville antique : beauté, grandeur et vie civique »
La ville antique est associée dans l’imaginaire européen à la naissance de la démocratie et plus précisément de la citoyenneté. De grands textes littéraires illustrent la façon dont le souvenir d’Athènes et celui de Rome permettent aux hommes du XVIIIe et du XIXe siècle de penser la citoyenneté dans l’Europe moderne.

Textes
1° Ernest Renan, La prière sur l’Acropole, Edouard Pelletan, 1849.
- Athènes et l’Acropole : la beauté comme bien suprême-

2° Tite-Live, Histoire romaine, La fondation de Rome, pp. 25- 41
- fonctions militaires et religieuses de la ville antique -

2° Marguerite Yourcenar, Les mémoires d’Hadrien, pp. 154-161
- ce qui fait le citoyen : décence et morale civique –

3° Président de Brosse, Lettres d’Italie, les Introuvables, t. II, p. 215-217 et
    Taine, Voyage en Italie, t. 1, 1866, pp. 131-133
- le souvenir de Rome dans la culture européenne-
Référence : Andrea Giardina, André Vauchez, Rome, L’idée, le mythe du moyen-age à nos jours, Fayard, 2000, 223 p.

Après-midi :  La bande dessinée «  Astérix le gaulois », un  mythe collectif contemporain
Les étudiants étudieront le fonctionnement de la satire dans la bande dessinée Astérix et compareront les représentations de la ville romaine et de la ville gauloise dans les aventures d’Astérix le Gaulois à partir de deux albums.
Texte et image :
René Goscinny  et Albert Uderzo Asterix Gladiateur, Dargaud, 1964 et Les Lauriers de César, Dargaud, Paris, 1972.


II. La ville antique en France : Nîmes, Arles, Orange
Problématique : « Ville antique, ville morte ? Usages politiques de la ville»


Matin : Conférence : » Les villes antiques en France et les politiques urbaines aujourd’hui »
La vitalité de la vie civique s’est traduite, dans les villes antiques du sud de la France, par la construction d’édifices magnifiques. A Arles, Nîmes, Orange par exemple, des forums, basiliques, amphithéâtres, théâtres, et cirques sont construits à l’imitation de Rome. Certains de ces édifices  présentent encore des ruines imposantes ; d’autres existent toujours, et surgissent de façon étonnante au milieu des maisons modestes qui les entourent. Les autorités s’appuient sur leur célébrité pour redonner une vitalité à des centre ville anciens dégradés et pour construire un lien citoyen entre les habitants. On comparera la politique menée dans les villes du sud de la France et celle menée à El Jem, ville romaine de Tunisie.

Référence : Alexandre Dumas, Midi de la France, François Bourin  1991, pp. 134-147 (Orange) et 242-251.(texte fourni) –
            Voyageur curieux de tout, Alexandre Dumas présente à ses lecteurs les villes du midi de la     France   Orange, Arles) et se moque des connaissances fragmentaires des érudits du   temps.
 Photographies : Anne de Mondenard, La Mission héliographique. Cinq photographes parcourent la France en 1851, Monum, Editions du Patrimoine, 312 p..
            Comprendre ce qu’a été la mission héliographique et identifier les monuments romain qu’elle découvre dans les villes du midi de la France.

Après-midi, atelier : enquête sur les usages culturels des villes d’art et d’histoire.

Les étudiants mèneront une enquête sur trois projets culturels importants qui existent dans trois villes célèbres pour leurs ruines antiques ou leurs édifices anciens : Arles, Nîmes et Avignon.

            - Arles : François Barré, Rencontres d’Arles 40e, Actes Sud, 2007, 553 p.
            - Avignon : Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du festival  d’Avignon, Gallimard, 2007, 606 p.
            - Nîmes : la Maison carrée, musée d’art contemporain
            - Orange , Chorégies d’Orange.
III.  La ville médiévale : Carcassonne, Avignon, Paris : l’invention du patrimoine 
La ville médiévale ne subsiste plus qu’à l’état de traces dans la ville contemporaine. Ce sont les décors de cinéma qui nous la donnent à voir dans sa grandeur chrétienne et son désordre urbain.

Matin : conférence. « La ville médiévale, grandeur chrétienne et confusion urbaine »
La ville médiévale possède une physionomie très différente de la ville antique. Les maison sont serrées les unes contre les autres. Construites en bois elles s’avancent sur des rues étroites qu’elle plongent dans l’ombre. Ce sont les édifices chrétiens qui forment les lieux de rassemblement dans la cité : cathédrales, églises, chapelles existent en très grand nombre. L’architecture dite «  gothique » développe des décors fantastiques et des édifices majestueux. Les hommes de l’époque classique détestent  la ville médiévale qu’ils trouvent insalubre et laide. Au XIXe siècle les historiens redécouvrent la valeur des  édifices religieux « gothiques » et conçoivent la notion de « monument historique ». Le terme désigne des édifices qui doivent être protégés par l’Etat car ils ont une valeur symbolique qui intéresse l’ensemble de la collectivité. Eglises et cathédrales seront protégées avant les centre villes ancien.

LIRE
1° Victor Hugo, Notre Dame de Paris, Livre 3-Chapitre 2, « Paris à vol d’oiseau ».
2° Maurice Druon, Les  Rois maudits , t..  3

Après-midi : atelier  Notre Dame de Paris au cinéma, entre Victor Hugo et Jacques Prévert
Film : Jean Delannoy, Notre Dame de Paris, 1956, (scénario Jean Aurenche et Jacques Prévert …)
-textes de référence
 * Arnaud Laster, « De quoi pourrait se composer une édition critique des textes de Jacques Prévert pour le film Notre-Dame de Paris ?  », dans Les Cahiers de recherche en littérature québécoise de l'Université Laval, Nuit Blanche éditeur, Québec, 1992.
    * Arnaud Laster, « Notre-Dame de Paris : Prévert et Hugo, mêmes combats », dans CinémAction, n°98, 1er trimestre 2001.

IV. La ville à l’époque moderne : espace public, espace civique. L’Ile Saint Louis


Matin : Conférence : « Rétif de la Bretonne : le goût de la ville »
Jürgen Habermas, lorsqu’il a fait la théorie de la ville comme espace civique a pris comme premier exemple les cafés parisiens de la fin du XVIIIe siècle. Il les décrit comme des espaces de liberté où les opinions peuvent s’échanger. Rétif de la Bretonne est un écrivain peu ordinaire  qui illustre à sa façon cette fonction civique de la ville. Il décrit dans Les Nuits de Paris et Les Nuits révolutionnaires ses errances nocturnes autour de l’île Saint Louis où il habite. Nous verrons quelques textes étonnants dans lesquels il décrit la vie des cafés, l’émotion qui le saisit devant la beauté de la ville, la journée révolutionnaire du 14 juillet ainsi que sa curieuse habitude de laisser des graffitis partout en témoignage de sa vie. Cette habitude attirera notre attention sur une autre caractéristique du Paris contemporain : de nombreuses plaques sont apposées sur les maison en souvenir d’habitants disparus et des monuments commémorent des évènements passés. L’Ile Saint Louis n’y échappe pas.

Textes  :
1°Jürgen Habermas, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, 1962, 1978, Payot,  institution de la sphère publique, pp 42 5

LIRE
2°. Rétif de la Bretonne,  Nuits révolutionnaires, 14 juillet, Livre de poche, 1978, p. 58-64
Rétif dans l’Ile Saint Louis le 14 juillet 1789
                                    Et Les Nuits de Paris, Gallimard, 1986, Folio classique, pp. « Mes dates de l’Ile saint-Louis » pp. 276-278 , Les bains, pp. 216- 220,  «  Suite  le pauvre diable » et « suite du café « espions », pp. 250-255, «  suite : les tueurs de temps », 257

Après-midi : « Jeu sérieux » : Habiter l’île Saint Louis aujourd’hui
Si les étudiants ont accès à Internet nous  jouerons au « jeu  sérieux » suivant. Seuls ou en petits groupes, les étudiants  consulteronst des sites internet pour s’installer comme habitant de l’Ile Saint Louis aujourd’hui. Ils chercheront à louer ou acheter un appartement, feront des courses dans des magasins de l’île, réserveront un menu au restaurant, chercheront un programme de concert ainsi que les horaires des offices religieux de l’église Saint Louis en l’Ile.
           

V. Epoque contemporaine : Napoléon III, Haussmann et les révolutions dans la ville
Problématique : es aménagements urbains décidés par le préfet Haussmann construisent un cadre urbain  qui est encore celui du Paris d’aujourd’hui. Au début du XXIe siècle, un événement culturel comme les « Nuits blanches » qui demande à des artistes d’intervenir dans la ville, met en valeur à la fois les monuments de la ville moderne mais aussi les traces ( friches industrielles) du vieux Paris ouvrier.

Matin : Ville bourgeoise, ville populaire, le Paris remué et remuant du XIXe siècle
Sous le règne de Napoléon III la physionomie de la ville change entièrement : de grands boulevards trouent la ville, le taille des immeubles et le dessin de leurs façades change, des lieux de rencontre et de loisir nouveaux apparaissent : gares monumentales, Opéra, squares, bois de Boulogne et de Vincennes. Mais une ville ouvrière se construit en même temps dans le Nord et l’eEt de la capitale, misérable, remuante et prompte à dresser des barricades dans les rues.

LIRE
1°Zola, L’œuvre, Folio, p. 125-130 et suivantes
            La percée de la Seine et le monuments

2°Gustave Flaubert, L’Educations sentimentale, 3e partie chap.1,  pp. 423-504
            La  ville comme espace de la manifestation révolution de 1848

3°Léon-Paul Fargue, « Mon quartier » dans Le Piéton de Paris, pp. 17-30
            Le quartier de La Chapelle » au début du XXe siècle


Après midi : la ville mise en scène : les « Nuits Blanches » et la mise en valeur artistique du cadre urbain.

On cherchera à partir de documents distribués ou projetés et sur Internet les traces  des « Nuits blanches » de Paris en identifiant les sites urbains mis en valeur, les artistes qui interviennent sur le tissu urbain, leur conception de la ville, la forme de leurs œuvres.  (docts. C. Bertho Lavenir et

On comparera cette vision de la ville avec les images traditionnelles de Paris offerte par la peinture (Musée Carnavalet ) www.carnavalet.paris.fr/
 et la photographie (Atget, Doisneau, Brassaï)

Conclusion

La ville européenne,  vue à travers l’exemple de Paris, est un lieu éminemment politique qui peut être pensé dans le vocabulaire de la sémiologie  C’est un à la fois un ensemble de traces, que la monumentalisation de la ville préserve et transforme à la fois, et un ensemble de lieux porteurs de symboles qu’une production littéraire, artistique retravaille sans cesse. Les œuvres des écrivains, peintres, photographes, cinéastes, plasticiens, permettent en effet en permanence de re-lire la ville. Cette profusion de textes, d’images, d’évènements conserve au cadre urbain sa fonction originelle de lieu démocratique, où se joue à la fois la vie politique formelle et le «  vivre-ensemble »  des sociétés contemporaines.

Samedi et Dimanche : visite commentée de Taipei en confrontant les concepts découverts lors des séances sur la ville européenne aux réalités de la ville chinoise.

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