jeudi 29 avril 2010

Cours n° 5 " Le Paris d'Haussmann et les révolutions urbaines"

Introduction
 La ville de Paris au XIXe siècle est sujette à des transformations techniques qui lui donnent son apparence actuelle, ou peu s’en faut. Les embellissements de la ville ont une dimension politique. Ils signalent le désir de contrôle des autorités sur des espaces qui jusqu’alors échappaient à la surveillance du pouvoir. Mais à l’inverse, la multiplicité des émeutes et des révolutions montrent que le contrôle de l’espace public est  aussi un enjeu pour les représentants des contre-pouvoirs, républicains d’abord, socialistes ensuite. La géographie des barricades, des « Trois Glorieuses » de 1830 à  la Commune de 1871, dessine un espace politique et symbolique dans la ville.

I. Les transformations de la ville
 Technologies
Les capitales européennes au XIXe siècle connaissent toutes une évolution majeure : l’aménagement urbain devient une priorité pour les gouvernements. Les technologies de la révolution industrielle permettent en effet  de résoudre des problèmes nouveaux : on construit des habitations en pierre sur plusieurs étages, solides et largement éclairées.

Réseaux
La ville du XIXe siècle est en effet une ville de réseaux. Les appartements neufs sont  dotées de l’eau couranteet d'un système d’évacuation des eux usées. Des réseaux urbains apportent à domicile l’eau courante, le gaz – à partir des années 1850 -, puis dans les années 1880, l’électricité. Un système d’égouts performant est mis en place ; les transports se transforment. Les grandes lignes de chemin de fer pénètrent très avant dans la ville et l’on érige des gares monumentales dont le décor est comme un hymne au progrès. Des réseaux de transport collectif sont organisés d’abord par des voitures tirées par des chevaux. A la fin du siècle, on construit à Paris, Berlin et Londres des chemins de fer souterrains appelé à Paris «  métro » (pour « Chemin de fer métropolitain »), et Subway à Londres. Leur réseau dense et leur prix accessible aux employés, aux artisans, aux petits commerçants et aux ouvriers qualifiés, transforment complètement la forme de la ville qui s’étend démesurément.

L’extension des banlieues
Les murs d’enceinte sont abattus définitivement. La banlieue, où habitent soit ceux qui veulent jouir d’un air pur et salubre, soit ceux qui sont trop pauvres pour habiter au centre de la ville, se développe. La traversée de Londres s’étend désormais sur 30 km. Paris compte un million d’habitants.
Les capitales  se chauffent au charbon et la ville est polluée. Londres étouffe sous un mélange insalubre de brouillard et de fines particules de charbon appelé « smog ».   Comme, en Europe, les vents dominants soufflent de l’ouest, les quartiers chics sont en général situés à l’ouest des villes. Ainsi, à Paris, les nouveaux quartiers de l’Etoile, de la plaine Montceau, de Passy et Auteuil, et les villes de la banlieue élégante comme Saint-Cloud. A l’est on trouve les vieux quartiers populaires : autour du faubourg Saint-Antoine, la place de la Nation, le quartier de République et les hauteurs de Belleville, et plus loin Ivry, Vitry, anciens villages

Paris, ville ouvrière
Les grandes capitales européennes du XIXe siècle sont aussi des villes ouvrières dont la composition évolue. Les métiers anciens et l’artisanat de luxe demeurent en se transformant. Tout l’est de Paris est rempli de petites fabriques de mécanique de précision, de petite métallurgie, d’imprimeries … De nouvelles usines s’installent, qui obéissent au nouveau modèle du capitalisme industriel. Elles se caractérisent par de grands halls dans lesquels travaillent, parfois en continu, des ouvriers peu ou moyennement qualifiés. A Paris, une fabrique chimique s’installe sur le quai de Javel. A l’extrême fin du siècle les usines automobiles s’installent aux portes de la ville : Renault construit une grande usine sur une Ile de la Seine, à Billancourt.

L’arrivée de nouvelles populations ouvrières ne rend pas les villes moins remuantes politiquement. A Paris, la capitale a toujours été prompte à l’émeute. Au Moyen-Age déjà la ville s’opposait au roi. La Révolution française a pris forme sous l’impulsion des sections de sans-culottes recrutés dans le milieu des artisans et ouvriers de l’industrie du luxe et des métiers de la capitale. Mais le Paris du XIXe siècle c’est autre chose. Un prolétariat urbain misérable s’est accumulé dans la capitale. On y trouve les ouvriers venus des campagnes pour bâtir les quartiers neufs et les prolétaires des industries nouvelles. Ils sont travaillés par les nouvelles idéologies, en particulier le socialisme utopique. Le souvenir de la révolution française est vif et la nostalgie de la République grande. Le crime fait, par ailleurs, partie des désordres sociaux. L’historien Louis Chevalier parlera, au XXe siècle,  des « classes dangereuses [1]» ; il confond, à tort, le monde des ouvriers et celui du « crime », prostituées, vagabonds, mendiants, voleurs, qui tout en étant proches, ne se confondent pas, mais traduit l’inquiétude qui saisit les classes dirigeantes devant la prolifération apparemment incontrôlée de la métropole et ses conséquences sociales. 

Haussmann et les percées urbaines
Les rues tracées par Haussmann



Paris connaît une transformation majeure sous le second Empire. L’Empereur, neveu de Napoléon 1er, a vécu en exil à Londres où il a lu les écrits des réformateurs socialistes. Il a vu les défauts de la mégalopole anglaise mais aussi les solutions urbanistiques qui y ont été apportées. Il a apprécié la création de grands parcs ouverts à l’ensemble de  la population. C’est ainsi, par exemple, qu’il fait aménager le Bois de Boulogne à l’ouest de Paris et le Bois de Vincennes à l’est pour en faire des espaces de promenade mondaine (à l’ouest) ou familiale (à l’est).

Paris n’a pas de maire car on craint qu’il ne soit tenté de s’emparer du pouvoir… Napoléon III nomme un préfet énergique, le baron Haussmann, qui va, en vingt ans, transformer complètement la physionomie de la ville.

A l’origine il y a les graves épidémies de choléra qui ont eu lieu en  1832 et en 1849. Celle de 1832 tue 20 000 personnes sur 650 000 habitants. Ces épidémies prennent naissance dans le vieux quartier médiéval qui se trouve près du Châtelet. Il y a là un ensemble de taudis insalubres où sont entassés dans des chambres meublées les ouvriers migrants qui viennent de province travailler sur le chantiers de construction de la capitale. Mais l’épidémie touche toutes les classes sociales : le choléra tue le premier ministre Casimir Périer.

Haussmann entreprend de grands travaux. Il va les financer en faisant appel à des capitaux à la fois publics et privés. L’état exproprie et rachète tous les immeubles des îlots qui doivent être démolis ; il prend à sa charge d’énormes travaux de terrassement, perce des rues, amène les égouts et les adductions d’eau et de gaz d’éclairage. Les terrains ainsi valorisés sont vendus à des promoteurs qui récupèrent à leur tour leur mise en construisant et vendant des immeubles de qualité en pierre de taille, dotés de tout le confort de l’époque. Ce sont les immeubles dits « haussmanniens » qui donnent encore leurs silhouette caractéristique à beaucoup de quartiers de la capitale. Ils ne sont en effet pas construits au hasard mais doivent respecter des normes précises. La limite de hauteur est relevée de 17,55 m. à 20 m dans les rues qui ont plus de 20 m de large. Les immeubles doivent avoir des façades en belle pierre blanche des environs de Paris ; les toits en zinc sont de couleur gris bleu et doivent respecter une pente de 45 °. Le rythme des fenêtres, des balcons, des porches est régulier. Les alignements respectés. Les immeubles ne sont pas identiques mais ils ont un air de famille qui donne une unité à la rue[2].





Destructions

Les destructions touchent à peu près tous les quartiers anciens de Paris. Dans l’île de la Cité, les maisons et les églises autour de Notre-Dame sont détruites pour laisser la place à la préfecture de police et à un nouvel Hôtel-Dieu. Tout le quartier entre L’Hôtel de ville et le Louvre est rasé. La rue des Tuileries, commencée par Napoléon 1er qui l’avait dotée de magnifiques arcades, est construite sur plusieurs kilomètres.                                           Destructions dues aux travaux de Haussmann

 De grandes avenues sont percées en direction des gares de chemin de fer. Tout le quartier des Halles est traversé par le boulevard Sébastopol, auquel on donne le nom d’une ville de Crimée qui a vu une victoire impériale. Le boulevard tranche dans le tissu urbain, de la place de Grève à la gare de l’Est. Une autre avenue rectiligne, large, plantée d’arbres et dotées de contre-allées va de la gare de l’Est à la nouvelle place appelée aujourd’hui place de la République. Cette dernière est immense pour l’époque, et entièrement entourée d’immeubles neufs. Sur le côté nord, une caserne permet de tenir en respect, le cas échéant, le peuple turbulent des collines de Belleville qui s’étendent derrière. Un autre boulevard rectiligne, bordé de théâtres dans sa partie haute,  conduit vers la place de la Bastille.

Sur la rive gauche, Haussmann trace le boulevard Saint-Michel qui part du pont de l’Ile de la Cité et mène à la barrière de la ville, prés de l’Observatoire. La rue de Rennes venant de la gare du Chemin de fer de l’Ouest tranche dans le quartier de Saint-Sulpice. Le préfet aurait aimé la faire déboucher sur la Seine mais il aurait fallu pour cela raser l’Institut où siège l’Académie française : chose difficile, même pour lui. Au sud-est, tout un système d’avenues relie la gare d’Austerlitz à la place d’Italie et au jardin du Luxembourg, ouvrant à la spéculation immobilière des coins de Paris jusqu’alors campagnards. Au total entre 1852 et 1870, on démolira 20 000 immeubles et on en reconstruira 40 000.

Les ponts qui avaient commencé à être débarrassés de maisons qui les encombraient dès la fin du XVIIIe siècle, sont reconstruits et élargis. Baltard détruit les vieilles halles et construit des halles toutes nouvelles, couvertes par de larges verrières supportées par des charpentes et des piliers en fer. L’avenue de l’Opera, percée face au nouvel Opéra, fait plus de 30 m de large.

Contrôle symbolique
Par ailleurs Haussmann  implante dans la ville des édifices qui permettent au pouvoir de contrôler de façon symbolique l’espace.  Sous le Second Empire un Opéra nouveau est construit par Charles Garnier. On entreprend la reconstruction de la Sorbonne, de l’Hôtel-Dieu, des grands lycées de la Montagne Sainte-Geneviève. On construit la Bourse, la Bourse du Commerce, de nouvelles halles. Des fontaines décoratives  égaient les places: Fontaine Saint-Michel, fontaine du Palmier place du Châtelet. De grandes églises  à l’ouest (La Madeleine, Saint Augustin) sont les lieux où se montrent les familles de aristocratie et de la bourgeoisie d’argent. Le long des boulevards s’alignent les théâtres, les passages couverts, les café-concerts  dont le nombre signale le développement des loisirs urbains. Comme au Bois de Boulogne, une société mêlée d’hommes du monde et de demi-mondaines s’y promène et s’y montre. On ne sait s’il faut inclure dans les édifices à portée symbolique les grands magasins : leurs magnifiques édifices ornés d’une statuaire parlante sont les nouveaux temples dévolus à la consommation des produits de l’industrie.

Quartiers ouvriers
Une ligne imaginaire traverse Paris du Nord au Sud. Elle sépare les beaux quartiers de l’Ouest des quartiers populaires de l’est. Là se trouve une autre organisation urbaine. Autour des villages de la première couronne de Paris, Belleville, Menilmontant, Les Batignolles, se sont créés des quartiers ouvriers construits, sans beaucoup d’ordre, le long des routes qui mènent hors de Paris. De très nombreux petits spéculateurs construisent un immeuble ou quelques maisons selon les procédés de construction traditionnels de la région parisienne : des murs enduits de plâtre, faits d’un assemblage de terre et de pierraille retenus par des lattis de bois. Les immeubles s’organisent en cours, de plus en plus éloignées de la rue, auxquelles on accède par des porches. Les rues ne sont  pas éclairées. Là ni eau courante, ni (souvent) égouts. Le pouvoir impérial installe cependant sa marque  en y  construisant des églises (Notre-Dame de Belleville, Saint-Bernard de La Chapelle, Notre-Dame de Clignancourt…), mais aussi des casernes. On murmure dans les quartiers ouvriers que les grandes avenues ouvertes par le baron dans le vieux tissu de la ville l’ont été pour pouvoir mieux canonner le peuple à la prochaine révolte.

II.  l’espace public comme enjeu : Paris, ville des révolutions.

Le Peuple de Paris est prompt à la révolution or à Paris, une révolution, cela se joue dans la rue. Dans un premier temps l’émeute prend possession de l’espace public, en construisant des barricades dans les rues et sur les places ; dans un second temps, le peuple parisien s’empare de l’hôtel de ville….

La récurrence des émotions populaires a poussé les historiens à regarder de plus près ce qui se joue dans la lutte entre la population et les autorités pour le contrôle symbolique et pratique de la rue.

Dans une première époque, entre 1815 et  1848, les émotions sont nombreuses et à deux reprises au moins débouchent sur une véritable révolution politique. La Commune de 1871, qui voit le peuple s’emparer à la fois de la totalité de la ville et du pouvoir, constitue un tragique point final. Il n’y aura plus de barricades insurrectionnelle  à Paris jusqu’au 6 février 1934. La troisième république leur  substitue un ersatz : la manifestation, le défilé, l’enterrement solennel, qui deviennent de nouveaux rituels civiques.

Agitation urbaine
Dans les années qui séparent 1815 de 1848, la césure majeure, à Paris, oppose le gouvernement monarchique au peuple qui demeure républicain. Entre les deux, la bourgeoisie urbaine hésite : partisane du gouvernement pour qu’il fasse régner la paix propice aux affaires, elle ose parfois mobiliser le peuple républicain lorsqu’elle veut faire tomber un gouvernement qui défend mal ses intérêts.

 Luce-Marie Albiges[3] recense les étapes de l’apparition des « barricades » dans la culture politique. « Son rôle, dit-elle, devient systématique dans les événements politiques. Des insurgés érigent des barricades en 1827, 1830, 1832, 1834, 1839, 1848 (février et juin), 1849, 1851, et c’est alors que le terme acquiert son sens moderne.

Alfred Fierro, dans son très érudit Histoire et Dictionnaire de Paris[4], souligne que le peuple ouvrier n’est pas le seul à construire des barricades. Il arrive aussi que les étudiants prennent, plus temporairement et parfois sous la forme du chahut, possession de la rue.  En juin 1820, par exemple, le roi a fait voter une nouvelle loi électorale ; la jeunesse étudiante et bourgeoise manifeste, sans succès. Quelques années plus tard, la nomination d’un professeur au collège de France provoque des manifestations étudiantes au quartier latin 

Les enterrements sont un prétexte presque légitime pour s’attrouper dans la rue. Le 30 novembre 1825, les obsèques d’un général fournissent l’occasion d’une manifestation de masse dans la légalité. L’année suivante Talma, acteur célèbre sous la Révolution, est enterré sans cérémonie religieuse, son cercueil étant directement conduit au père Lachaise. C’est l’occasion d’une grande manifestation politique et religieuse. Les obsèques de Manuel en août 1827, rassemblent au Père Lachaise une foule immense et sont l’occasion de discours très hostiles au régime. Alfred Fierro cite Le Moniteur, organe du gouvernement, qui se demande : «jusqu’à quel point  la tombe ou le corbillard peut devenir une tribune aux harangues du haut duquel il est permis à qui que ce soit d’agiter la multitude ».

Révolutions
Tout cela peut finir en révolution. En 1830, la bourgeoisie parisienne se dresse contre la Monarchie. Elle va utiliser le mouvement de protestation populaire pour opérer un  changement de régime et mettre sur le trône un nouveau roi, Louis-Philippe, roi des Français.

On appelle « Trois glorieuses » les trois journées des 27, 28 et 29 juillet pendant lesquelles s’est opérée la Révolution. Il y aurait alors eu plus de 4 000 barricades, situées dans les quartiers populaires de Paris, notamment ans les quartiers du centre où Haussmann n’a pas encore porté la pioche. « Dans les rues étroites, écrit Luce Marie Albiges, une barricade est vite installée : un véhicule mis en travers, quelques arbres ou échelles suffisent à boucher le passage. Les insurgés en complètent l’édification avec des morceaux de bois, des tonneaux et surtout des pavés arrachés à la rue. » Les soldats à cheval se font facilement piéger : le 28 juillet 1830, les habitants lancent une grêle de tuiles, de pavés, de meubles par les fenêtres ou du haut des toits de la rue Saint-Antoine sur les cuirassiers de la garde royale, qui  renoncent à rejoindre l’Hôtel de Ville. Les troupes progressent vers plusieurs points stratégiques, mais derrière elles, les barricades sont relevées.

1848
Luce Marie Albiges continue : «1848 est encore une révolution des barricades. On en compte 1 512 dans les premières semaines de février, souvent situées aux mêmes endroits que celles de 1830. «Les premières photographies, écrit-elle, permettent de saisir l’atmosphère des barricades à des moments différents. « Un daguerréotype pris le 25 juin illustre la phase d’attente qui précède l’assaut. On n’aperçoit âme qui vive dans la rue Saint-Maur avant l’attaque, les portes et les volets des maisons sont fermés, les émeutiers sont cachés derrière les barricades qui se succèdent à faible distance dans la rue, au niveau des carrefours. » le lendemain, les fenêtres seront ouvertes.

Une dimension symbolique
Les barricades se succèdent de décennie en décennie dans les rues de Paris non seulement parce qu’elles peuvent être efficaces militairement mais aussi parce qu’elles ont aussi une dimension symbolique : étudiants en veste et ouvriers en blouse – l’habillement marque alors très précisément les classes sociales – s’y côtoient dans une fraternité du moment.

Cela explique le succès iconographique du thème de la barricade parisienne. Des tableaux parmi les plus connus de la peinture du XIXe siècle illustrent les différents moments du drame qui se joue autour d’une barricade : ce n’est pas la même chose en effet que de la prendre avant l’assaut, et de montrer le peuple vainqueur ou vaincu... La barricade de la rue Soufflot, de Vernet, conservé au Musée Carnavalet, représente une barricade prise d’assaut au moment où les soldats qui représentent l’ordre légitime ont le dessus. On notera le drapeau rouge, emblème des socialistes, interdit jusqu’à la fin du siècle. Les révoltés ici ont le dessous. Insuffisamment armés, l’un d’entre eux se défend avec une pierre, ils sont blessés ou morts. On notera l’officier à cheval et le drapeau bleu blanc rouge qui accompagne la troupe.

                                                                     
 

Le combat de la Porte Saint-Denis. 
Hippolyte Lecomte, 1830. Paris, Musée Carnavalet



La Barricade de la rue Soufflot
Horace Vernet









Le combat devant l’Hôtel de ville le 28 juillet 1830
Jean-Victor Schnetz. Paris, Musée du Petit Palais.











Une icône républicaine
 La liberté guidant le peuple (28 juillet 1830). Eugène Delacroix. Paris, Musée du Louvre.

La Liberté menant le peuple de Delacroix est devenue une icône de la culture républicaine[5].  Elle est en particulier reproduite sur les billets de banque à la fin du XXe siècle. Le tableau a été réalisé au lendemain de la Révolution de 1830 puisqu’il est présenté au salon de 1831. Le spectateur voit venir vers lui la foule populaire lancée dans un assaut pour prendre – et non défendre - la barricade. En tête du groupe formé par quatre figures disposées en pyramide, une figure féminine allégorique – son sein est dénudé. Elle empreinte la figure de la Marianne, allégorie alors plus ou moins clandestine de la République mais c’est aussi une représentation allégorique de la Liberté comme le souligne le titre officiel du tableau « La Liberté guidant le peuple ». Coiffée d’un bonnet phrygien, elle évoque la révolution de 1793. Le drapeau bleu blanc rouge associe les couleurs de Paris, le bleu et le rouge, et celles de la souveraineté royale, le blanc. Elle tient à son bras gauche un fusil qui échappe au domaine de l’allégorie car c’est un modèle existant réellement. A ses côté deux gamins de Paris ; l’un évoque le Gavroche décrit par Victor Hugo trente ans plus tard dans Les Misérables. Il incarne la jeunesse révoltée par l’injustice ; les personnages adultes évoquent les diverses couches sociales et leurs choix politiques. A terre, l’homme qui porte une blouse d’ouvrier, se redresse à demi en voyant la Liberté. A l’arrière plan la silhouette de Notre-Dame-de-Paris qui signale qu’on est bien au cœur de la vieille capitale.

En 1831 la Monarchie de Juillet voulait faire oublier qu’elle était née sur les barricades et que les aspirations républicaines du peuple qui l’avaient faite avait été trahies ; le tableau fut rejeté par la critique parce qu’il mêlait l’allégorie et le réalisme. Il entrera en 1863 au Musée du Luxembourg et en 1874 au Louvre ;

Autre lieu symbolique : l’Hôtel de ville
Les barricades ne sont pas les seuls lieux symboliques du Paris révolté. C’est la prise de l’hôtel de ville qui marque la victoire du peuple. C’est là par exemple qu’en 1830 Lamartine fait adopter le drapeau tricolore, ce qui clôt la phase insurrectionnelle de la Révolution. L’Assemblée, de l’autre côté de la Seine, et loin vers l’ouest n’a pas la même importance.

Philipottot Lamartine à l'Hôtel de ville


La Commune
La Commune de 1871 va mettre fin à l’ère des barricades triomphantes et s’achever dans le sang. Paris va y gagner un nouvel endroit commémoratif : le mur des fédérés, dans le cimetière du Père Lachaise, sur la colline de Belleville. C’est là qu’on été fusillés les derniers insurgés et c’est vers ce mur que, dès que cela sera autorisé, convergeront les hommages et, plus tard, les manifestations.

L’Empire s’est achevé par la défaite de Sedan, l’occupation de la France par les Prussiens et la proclamation, le 4 septembre 1870, de la République dont les institutions s’installent à Versailles et fonctionnent avec l’autorisation de l’occupant. Seul Paris, assiégé depuis des mois et affamé, refuse de se rendre. Le 18 mars 1871, le gouvernement de Versailles envoie la troupe récupérer à Montmartre les canons fondus avec l’argent des Parisiens ; ces derniers, femmes en tête, les en empêchent ; le comité central de la Garde nationale déclenche alors une insurrection du peuple de Paris. A minuit, l’Hôtel de Ville est pris. Pendant presque deux mois la ville est gouvernée par la Commune de Paris. Ses dirigeants partagent les choix socialistes de l’Internationale. Mais la ville est ingouvernable. Du dimanche 21 au dimanche 28 mai, les Versaillais vont reprendre Paris aux insurgés. Ces derniers se replient très vite dans les quartiers populaires de l’est de la capitale, où ils se battent barricade par barricade, maison par maison. Il y a plus de 20 000 morts auxquels il faudra ajouter les arrestations (38 000), les jugements, les exécutions, les déportations en Nouvelle Calédonie ou dans des lieux insalubres.

C’est un traumatisme pour la population ouvrière de Paris,. Les soldats de Versailles, qui ont procédé à des exécutions sommaires, viennent de province pour la plupart mais il demeure que la bourgeoisie parisienne a abandonné les révoltés à leur sort. La coupure à l’intérieur du «Peuple de Paris » demeurera profonde. La ville aussi a terriblement souffert. Lors de l’avance des Versaillais, les grands bâtiments publics du centre de Paris ont pris feu. On dit , dans les milieux conservateurs, que c’est l’action des « pétroleuses »,  femmes appartenant à la Commune,  qui auraient sciemment mis le feu aux plus beaux bâtiments de la ville. Les canons des Versaillais font aussi des dégâts. Sont détruits le Palais des Tuileries, le ministère des Finances (alors rue de Rivoli), la préfecture de Police, l’hôtel de ville, le Conseil d’Etat, la Cour des Comptes, la Manufacture des Gobelins et autres édifices qui symbolisent le pouvoir et la richesse dans la ville.

Des photographies témoignent de l'atmosphère avant les et des destructions. Les photographies qui sont prises avant l’assaut sont émouvantes. Il y a là des voisins, des habitants, dans leur quartier familier. On dirait des photographies de famille. Sur l’une d’elle on voit des soldats de la Commune en uniforme, des civils de diverses condition, quelques femmes et même une petite fille, un bébé, au pied de la barricade.

Sur une autre  photographie, posée comme elles le sont alors toutes, une jeune homme «  rejoue » la Liberté de Delacroix, elle-même inspirée d’une jeune homme tombé sur une barricade en 1830 et qui donna son nom au Pont d’Arcole .





Barricade de la rue Saint Sebastien, XIe



Les photographies des monuments incendiés sont nombreuses et sont éditées en recueils immédiatement après la reprise de la ville. Les touristes anglais les achètent et l’on vient de loin regarder avec curiosité la grande ville blessée. Mais la commercialisation de ces clichés ainsi que celle des images de l’insurrection est interdite. On reconstruit rapidement les édifices publics, sauf la Cour des Comptes, qui est peu à peu envahie par les plantes. En fait le gouvernement, la France, les classes dirigeantes, tout le monde veut oublier ce qui est arrivé à Paris. La Commune n’est jamais l’objet de commémorations publiques. C’est, pendant des décennies, dans une certaine clandestinité que les gauche révolutionnaire célèbre ses morts au mur des fédérés . Il ne deviendra un lieu de mémoire parisien à part entière qu’au bout d’un siècle, après mai 1968.

III. Textes 

 « … l’insurrection, comme dirigée par un seul bras s’organisait formidablement. Des hommes d’une éloquence frénétique  haranguaient la foule au coin des rues ; d’autres dans les églises sonnaient le tocsin à plein volée ; on coulait du plomb, on roulait des cartouches ; les arbres des boulevards, les vespasiennes,, les bancs, les grilles, les becs de gaz, tout fut arraché, renversé ; Paris, le matin, était couvert de barricades. La résistance ne dura pas ; partout la garde nationale s’interposait ;- si bien qu’à huit heures, le peuple, de gré ou de force, possédait cinq casernes, presque toutes les mairies, les points stratégiques les plus sûrs. D’elle-même, sans secousses, la monarchie se fondait dans une dissolution rapide ; et on attaquait le poste du Château-d'Eau, pour délivrer cinquante prisonniers qui n’y étaient pas.
Frédéric s’arrêta forcément à l’entrée de la place. Des groupes en armes l’emplissaient. Des compagnies de la ligne occupaient les rues Saint-Thomas et Fromanteau. Une barricade énorme bouchait la rue de Valois. La fumée qui se balançait à sa crête s’entrouvrit, es hommes courraient dessus en faisant de grands gestes. Ils disparurent ; puis la fusillade recommença. Le poste y répondait sans qu’on vit personne à l’intérieur ; ses fenêtres, percées par des volets de chêne étaient percées de meurtières ; et le monument avec ses deux étages, ses deux ailes, sa fontaine au premier et sa petite porte au milieu, commençait à se moucheter de taches blanches sous le heurt des balles. Son perron de trois marches restait vide.
A côté de Frédéric, un homme en bonnet grec et portant une giberne par dessus sa veste de tricot se disputait avec une femme coiffée d’un madras. Elle lui disait :
- Mais reviens donc ! Reviens donc !
- Laisse moi tranquille répondait le mari. Tu peux bien surveiller la loge toute seule. Citoyens, je vous le demande, est-ce juste ? J’ai fait mon devoir partout en 1830, en 32, en 34, en 39 ! Aujourd’hui on se bat ! Il faut que je me batte ! Va-t-en !"

                        Tiré de Gustave Flaubert, L’Education sentimentale,  édité et présenté par Pierre-Marc de Biasi, 2002, pp . 425-426

voir aussi
Zola, L’œuvre, Folio, p. 125-130 et suivantes
            La percée de la Seine et le monuments

Léon-Paul Fargue, « Mon quartier » dans Le Piéton de Paris, pp. 17-30

--------------------------


[1] Louis Chevallier, Classe laborieuses, classes dangereuses, à Paris pendant la première moitié du XVIIIe siècle, Plon, 1958, 567 p.
[2] François Loyer, Paris XXe siècle. L’immeuble et la rue, Hazan, 1987, 477 p.
[3] www.histoire-image.org/
[4] Alfred Fierro, Histoire et Dictionnaire de Paris, Bouquins, Laffont, 1996, 1580 p., p. 156
[5] Malika DORBANI-BOUABDELLAH, http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.

3 commentaires:

  1. This article is interesting and useful. Thank you for sharing. And let me share an article about health that God willing will be very useful. Thank you :)

    Obat Sakit Mata Belekan Alami
    Cara Mengatasi Diare
    Obat Sariawan Alami
    Obat Penghancur Batu ginjal
    Cara Mudah Mengobati Diabetes
    Cara Menyembuhkan Mata Minus
    Cara Mengobati Gusi Bengkak

    RépondreSupprimer