lundi 15 octobre 2012

Provocation et censure dans les arts plastiques : la mise en danger du mediateur

Notes du cours n° 3 La position du médiateur culturel peut devenir inconfortable s’il est coincé entre des institutions répressives et un ou des artistes provocateurs. Il importe de savoir ce que font les artistes provocateurs pour comprendre leur démarche, les soutenir à bon escient, parfois pour éviter d’être manipulés.
On distinguera plusieurs situations.
- Au XIXe siècle les scandales de la peinture sont liés à l’existence d’une société d’ordre. Les moments de contestation associent contestation de l’ordre symbolique et esthétique de la peinture et contestation sociale, dans l’ordre de mœurs (nus) et de la politique (réalisme) ; l’enjeu est d’affirmer l’autonomie de l’art.
-Dans les années 1920 le mouvement dada institutionnalise le scandale et la provocation comme moments artistiques permettant à la fois – d’imposer une avant-garde dans le champ de l’art – de contester l’ordre social et politique -  de mobiliser les medias aux côtes de la contestation. On notera que la valeur contestataire de la provocation diminue rapidement et que les médias de l’époque récupèrent rapidement cette énergie.
- La répression des artistes contestataires par les régimes d’ordre au XXe siècle ( «art degénéré ») pose la question de la croyance dans l’efficacité sociale de l’art ( il peut convaincre ou témoigner) ; il pose de façon annexe la question de l’efficacité de la repression et de la publicite donnée par cette dernière dans les sociétés démocratiques.
- Certaines oeuvres contemporaines jouent du couple provocation/mediatisation pour l'efficacité du message, au détriment dans certains cas de l'intégrité artistique ou du médiateur ( institution, individu)

I. Le Déjeuner sur l’herbe  : contestation de l'ordre  esthétique et symbolique
Commentaire du Figaro en date du 24 mai
« Au milieu d’un bois ombreux, une demoiselle privée de tout vêtement  cause avec des étudiants en béret. M. Manet est un élève de Goya et de Baudelaire. Il a déjà conquis la répulsion du bourgeois : c’est un grand pas ».

Courbet L’Enterrement à Ornans

II. Picabia, Dada et la construction du scandale
Picabia L’Œil cacodylate
Picabia Le Double Monde-Chapeau de paille

…  » le scandale est théâtral, réclame un public, éclate dans la relation entre la scène et la salle…
Organisé dans l’appartement de  F. Picabia selon un «  modèle » déjà expérimenté à New York. Picabia avait organisé une conférence d’Artur Cravan qui ivre, s’était deshabillé devant le public. Ces soirées se succèdent à un rythme rapide.
Le public est attiré par un faux prétexte  - crise monétaire ou présence de Charlie Chaplin-, et se prépare à chahuter la lecture ou présentation d’œuvre.
« Deux phases sont ainsi désignées pour le scandale : le vernissage, comme plus fort moment public de l’exposition), la soirée (comme forme théâtrale).
Picabia lui-même est absent des soirées ( il prétexte son état nerveux).
Il dit «  toute œuvre véritablement dada ne doit vivre que six heures ». Organisation de soirées qui ont pour fonction de de cristalliser le scandale. Ensuite  les œuvres disparaissent.

Le 5 février au salon des Independants et le  27 mars au théâtre de l’œuvre Breton declame le Manifeste cannibale de Picabia habillé en homme sandwich d’un Tableau cible portant l’inscription  «  pour que vous aimiez quelque chose il faut que vous l’ayez vu  et entendu longtemps tas d’idiots ».
« Aussitôt les objets les plus hétéroclites volèrent sur la scène : des sous, des mouchoirs, voire même des parapluies partis des cintres s’amoncelaient aux pieds de Breton… Tristan Tzara en avait les larmes aux yeux. «  A, disait-il en rajustant le monocle spécial qu’il avait acheté pour la circonstance, écoutez-les !... Dada vit ! »

Limites
Au salon d’Automne il promet un tableau « explosif », expertisé par la prefecture de police ;
Puis il organise une exposition dans une galerie avec des peintres espagnols ; invite au vernissage  trio de jazz, Auroc, Poulence et Cocteau bête noir des dadaistes.
« s’en prendre au bourgeois est facile et va un temps (le bourgeois Picabia s’en lasse…) ; s’en prendre aux artistes est une raffinement Picabia  se l’offre à chaque salon ; s’en prendre aux camarades et scandaliser les dadas est le sommet de l’art.  L’art du vernissage comme art du retournement et du brouillage de tout repère.
Le rêve serait de pouvoir se scandaliser soi –même..
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DOCUMENT : Manifeste cannibale Dada (1)
MANIFESTE CANNIBALE DADA
Vous êtes tous accusés ; levez-vous. L'orateur ne peut vous parler que si vous êtes debout.
Debout comme pour la Marseillaise,
debout comme pour l'hymne russe,
debout comme pour le God save the king,
debout comme devant le drapeau.
Enfin debout devant DADA qui représente la vie et qui vous accuse de tout aimer par snobisme, du moment que cela coûte cher.
Vous vous êtes tous rassis ? Tant mieux, comme cela vous allez m'écouter avec plus d'attention.
Que faites vous ici, parqués comme des huîtres sérieuses — car vous êtes sérieux n'est-ce pas ?
Sérieux, sérieux, sérieux jusqu'à la mort.
La mort est une chose sérieuse, hein ?
On meurt en héros, ou en idiot ce qui est même chose. Le seul mot qui ne soit pas éphémère c'est le mot mort. Vous aimez la mort pour les autres.
À mort, à mort, à mort.
Il n'y a que l'argent qui ne meurt pas, il part seulement en voyage.
C'est le Dieu, celui que l'on respecte, le personnage sérieux — argent respect des familles.
Honneur, honneur à l'argent : l'homme qui a de l'argent est un homme honorable.
L'honneur s'achête et se vend comme le cul. Le cul, le cul représente la vie comme les pommes frites, et vous tous qui êtes sérieux, vous sentirez plus mauvais que la merde de vache.
DADA lui ne sent rien, il n'est rien, rien, rien.
Il est comme vos espoirs : rien.
comme vos paradis : rien
comme vos idoles : rien
comme vos hommes politiques : rien
comme vos héros : rien
comme vos artistes : rien
comme vos religions : rien
Sifflez, criez, cassez-moi la gueule et puis, et puis ? Je vous dirai encore que vous êtes tous des poires.
Dans trois mois nous vous vendrons, mes amis et moi, nos tableaux pour quelques francs.
Francis Picabia,
Manifeste Cannibale Dada, lu à la Soirée du Théâtre de la Maison de l'Oeuvre, 27 mars 1920
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Les limites  de l’iconoclasme surréaliste
« L’énigme de Guillaume Tell » Lenine avec une fesse molle longue pendante au bout… Breton, inquiet devant l’anti-humanitarisme et l’insulte à la cause  révolutionnaire…. veut aller lacérer la toile à coups de canne au Grand Palais mais le tableau est accroché trop haut ; il convoque Dali chez lui. … Dali suggère que si il rêve de lui dans une pose amoureuse il le peindra ainsi … Réponse «  Je ne vous le conseille pas, cher ami »Ill. Dali « L’énigme de Guillaume Tell »

III. L’ »Art dégénéré »
Kirchner Autoportrait en soldat - Exposition de « L’Art dégénéré », Munich, juillet 1937.
1er étage de l’exposition tableau de Kirchner retiré du Musée de Francfort  Autoportrait en soldat 1915.

Etiquettes qui relisent le sens
Il s’appelle dans l’expo «  soldat et putain ». Ailleurs : «  Outrage à la femme allemande ; L’idéal : le crétin et la Putain ;  Sabotage conscient de l’armée ; paysans allemands vu à la Juive ;  « le negre devient en Allemagne l’idéal racial de l’art dégénéré ».

L'idée de l'exposition renvoie à un discours de Hitler
«  Tous les bégaiements des cubistes, des futuristes, des dadaistes et consorts sur l’art et la culture ne sont pas plus fondés sur le plan racial que tolérables relativement au Peuple ».
 Fondements »théoriques »…1920 contre l’art n’obéissant pas aux règles académiques traditionnelles.
Avril 1933 premier cabinet des horreurs à Karlsruhe. 1 million de visiteurs. Pas forcement pour voir des chefs d’œuvres avant leur disparition ; expositions itinérantes jusqu’en 1941.
Musées épurés. Œuvres mises en vente en juillet 1939 à Lucerne
Montrer l’ »Art dégénéré » : quelle efficacité ?
Bellmer
IV. Provocations contemporainesWim Delvoye-Cloaca
Wim Delvoye Cloaca
Cattelan Nona Ora

Maurizio Cattelan



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.Nom "Tendance et Rêverie"Page " Accueil" Date de création : 15/02/07 / Dernière mise à jour : 16/03/10 15:34 / 2932 articles publiés repris par Paperblog
 L'art en mode grand scandale : Maurizio Cattelan  (Arts)   posté le mardi 05 août 2008 01:06
"Pour le scandale, Milan se réveille en émoi un matin de 2004 : place du 24-mai trois enfants ont été pendus, victime d'un rituel inconnu.
Le scandale éclate quand on apprend que "l'assassin" est un artiste.
Jusque là, Cattelan s'était contenté de pendre un écureuil ou de tuer le pape. Avec ces bambins-mannequins, il franchit une limite.
Maurizio Cattelan :
Comme beaucoup d'artistes contemporains, c'est l'attitude de Cattelan qui décrit le mieux son œuvre, plutôt que le type de médium qu'il utilise. D'un esprit frondeur, il pratique le paradoxe, la provocation, l'humour et l'ironie féroce — son esprit frondeur a retenu les leçons de ses maîtres, Pablo Picasso pour la culture du star-système et Andy Warhol pour son génie médiatique. Cattelan cherche en permanence à tourner en dérision l'art, son idéalisme et sa stupidité, et en particulier le monde de l'art contemporain. Il en critique la production artistique – une toile entaillée du Z de Zorro devenant par exemple une référence dérisoire au travail de Lucio Fontana – et le milieu des artistes. C'est là tout le paradoxe de Cattelan, car il aime se faire passer pour un artiste en marge du marché de l'Art, alors qu'il en est en fait un acteur majeur, par exemple en tant que commissaire de la biennale de Berlin.
Pour accentuer sa critique il n'hésite pas à ouvrir sa propre galerie new-yorkaise (la wrong gallery), galerie ou rien ne se vend et qui est de toute façon fermée en permanence par simple contestation. Lorsqu'il ne veut pas se déplacer lui-même pour répondre même lapidairement aux interviews, il n'hésite pas à envoyer son assistant et compère Massimiliano Gioni pour répondre aux interviews à sa place — une journaliste du New York Times s'est fait piéger.
Il a créé des œuvres mémorables qui font toujours scandale et donnent lieu à toutes sortes d'interprétations, jusqu'à mettre en cause la religion et le sacré, comme dans La Nona Ora, qui représente une effigie, en cire et grandeur nature, du défunt pape Jean-Paul II terrassé par une météorite. Mais c'est malgré lui que ses œuvres deviennent des stars du marché. Il n'apprécia d'ailleurs pas la revente de La Nona Ora par son collectionneur ; pour illustrer son mécontentement il scotcha ni plus ni moins son galeriste au mur (Massimo De Carlo) afin qu'il se vende lui-même.


Il ne fabrique jamais ses pièces et utilise parfois des acteurs pour ses performances. En 1994, il a persuadé le célèbre galeriste parisien Emmanuel Perrotin de passer un mois déguisé en pénis marchant, Errotin le Vrai Lapin. À une autre occasion, il a fait pédaler sur place les gardiens du musée où on lui demandait d'exposer.

Cattelan base donc son Art sur le tragique, le drôle mais surtout la provocation. Il veut marquer les esprits, à tel point que des accidents sont déjà arrivés ; à Milan, sur la place du 24-Mai, il avait pendu trois mannequins d'enfants à un chêne, un homme outré s'est fendu le crâne en voulant décrocher ces sculptures. L'œuvre a été retirée — mais l'incident a été largement popularisé par le journal télévisé — et continue d'exister à travers les documents d'actualité enregistrés à l'époque.
Je sais c'est très mal.
Je vous conseil fortement Google images pour voir ses œuvres.
Et comme dirait Katerine, j'adoooooooooooooooooooore."

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